De l’autre côté du périph





Nombreux sont les documentaires avec un titre du style « les gendarmes face à la nouvelle délinquance » ou « Roubaix, une ville sous tension » ?



Eh bien, c’est dans ce genre de quartier que j’ai grandi. Loin de moi l’idée de m’en plaindre, au contraire ! L’envers du décor ne ressemble en rien à ce que l’on voit à la télé.



Il y a quand même du vrai dans ce qui est dit. Plusieurs fois, j’ai vu des gens lancer des cailloux sur des camions de police, j’ai vu des gens vendre de la drogue, se battre, et j’ai été de ces jeunes que l’on voit traîner toute la journée sur un banc, ces mêmes jeunes, des squatteurs comme on les appelle, qui sont dépeints comme des délinquants. Mais en vérité, ils ne sont qu’une minorité. La vérité, c’est qu’on vit ensemble, qu’on soit noir, arabe, portugais, italien, polonais, etc.



Il n’y a pas de différence parce qu’on est toujours tous ensemble, parce que nous avons grandi ensemble. La seule différence vient de l’extérieur, quand de « vieux racistes » qui, eux, n’ont vraiment rien à faire ici, ordonnent à des jeunes nés et ayant grandi en France de « retourner dans leur pays » et qui crient depuis leur fenêtre de faire moins de bruit. Parce que c’est vrai, on en fait du bruit avec la musique, les discussions, les cris, les rires et des insultes sur des mères, pour aucune raison, donc des disputes aussi et parfois des bagarres. Alors qu’en vérité, ces mères, on les respecte.



Quand on les croise, on demande des nouvelles sur elles et sur leurs enfants même si on a vu leur fils dans l’heure, et surtout on demande si elles ont besoin d’aide pour quelque chose, monter les courses par exemple parce que 3 étages sans ascenseur, c’est long. Parce que c’est ça le respect, c’est prendre son temps pour la personne quand tout va vite.



Parce que oui, tout va vite. Tout peut monter en tension d’un seul coup. Quand le même policier vient contrôler 3 fois la même personne dans la même journée, tout cela peut déclencher une crise. Vous pouvez vous dire que ça n’arrive pas si souvent, mais malheureusement, ça arrive trop souvent. La vérité, c’est que personne ne rentre dans les quartiers sensibles, sauf pour dire à tout le monde à quel point c’est dangereux.



Pour moi, vivre dans ce genre de quartier m’a appris beaucoup sur la diversité, sur le vivre-ensemble, sur l’entraide, sur l’égalité, parce qu’on est tous dans le même bateau en fin de compte, et sur l’acceptation d’autrui malgré les différences apparentes. N’est-ce pas ça finalement les valeurs de la République ? Si oui, alors pourquoi les personnes dans ces quartiers sont-elles laissées pour compte ?



Par Damien IRGUN