Journée internationale de lutte pour les droits des femmes : le paradoxe international





Grâce à l'éducation et aux réseaux sociaux, les femmes ont enfin un espace permettant de s'exprimer et de s'organiser. Elles sont plus puissantes en matière de prise de parole et d'action mais elles continuent à être discriminées et à subir des violences. Les mouvements solidaires se diffusent avec Internet cependant nous pouvons nous demander : la lutte est-elle universelle et fonctionne-t-elle ?


#MeToo est un mouvement social américain qui débute en 2007 et qui a soutenu les femmes qui ont dénoncé Harvey Weinstein depuis 2017. Il a été condamné cette année à 23 ans de prison. Une petite victoire quand Polanski est récompensé de différents Césars et qu'il est demandé de distinguer l'œuvre de l'artiste.


Ce mouvement s'est propagé dans différentes régions du monde : nous retrouvons les #NiUnaMenos dans les hispanophones, le #MosqueMeToo qui dénonce les agressions sexuelles qui ont lieu lors du Hajj ou encore les différents hashtags qui ont suivi le site Paye Ta Shnek d'Anaïs Bourdet dénonçant le harcèlement de rue. De nombreux comptes de memes et de podcasts luttent contre le patriarcat avec humour. Nous retrouvons Whoregasmic et son podcast Seven Minutes To Heaven qui prône la libération sexuelle, l'écoute et l'apprentissage de son plaisir. En France, la ClitRevolution a réalisé une web-série sur différents thèmes pour vulgariser et expliquer les enjeux de la lutte. Elle a également publié un guide pour aider les femmes à se lancer dans l'activisme afin que les femmes puissent prendre possession de la rue et être écoutées dans le monde réel.


En ce qui concernent les actions, la performance Un violador en tu camino créé par le collectif chilien Lastesis a été repris à travers le monde et traduits dans plusieurs langues lançant une prise de conscience sur les agressions sexuelles. En France, des collectifs fleurissent dans toutes les villes afin de procéder à des collages de slogans dénonçant les féminicides. De nombreux pays ont repris l'action : Angleterre, Allemagne, Espagne, Portugal, Suisse, Belgique, Pologne, Italie et même Syrie.


Les femmes prennent de la place sur les réseaux et dans nos rues et cela dérange. Les trolls inondent les comptes de ces femmes, les manifestations finissent parfois avec la violence de la police et les plaintes pour agressions ne sont encore prises qu'avec peu de sérieux. De plus, le processus d'imitation pose tout de même la question de l'universalité. Si la lutte pour les droits des femmes se veut solidaire et pleine de sororité, les femmes défendent certains thèmes communs et d'autres dépendant de contextes géopolitiques.


D'un côté, nous nous battons pour une convergence vers l'égalité des genres et de l'autre pour gagner des droits humains fondamentaux. Nous pourrions analyser cette différence flagrante entre « pays du Nord » et « pays du Sud », mais elle existe également chez nos voisins. En 2018, l'Irlande a voté l'autorisation de l'avortement, autorisé en 1967 en Ecosse qui vote cette année la gratuité des protections périodiques pour les élèves et étudiantes, une première mondiale. Reste encore à traiter le problème de leur composition…


Bien que les thèmes les plus urgents ne soient pas forcément les mêmes, les femmes du monde entier se sont réunies dans les rues le 8 Mars 2020 pour commémorer les luttes précédentes pour acquérir les droits que nous possédons actuellement et pour fêter les luttes futures très vastes. Dans les cortèges, nous pouvons entendre que le féminisme lutte contre le patriarcat, les violences, les injustices mais aussi le capitalisme et le réchauffement climatiques : des sujets qui sont au cœur de la mondialisation. Si les changements politiques sont lents, la convergence des luttes, elle, est dynamique.



Adèle Grondin