L’histoire d’un groupe minoritaire pendant la guerre : les Juifs d’Algérie.




L’histoire de la guerre d’Algérie est une histoire difficile à écrire. Il y a des groupes minoritaires qui n’ont même pas encore de place dans la mémoire de cette guerre. Pierre-Jean Le Foll-Luciani, historien de l’époque contemporaine a retracé dans sa thèse le parcours de la petite minorité de juifs d’Algérie qui se sont engagés pour l’indépendance de l’Algérie, au travers d’archives et de témoignages oraux des acteurs.

Monsieur Le Foll-Luciani, à la suite de ses études à l’Ecole Normale Supérieure, soutient sa thèse en 2013. Ces travaux s’inscrivent dans la continuité de son master qui concernait l’Algérie coloniale.


Dans le contexte historiographique actuel, étudier ce groupe minoritaire prend tout son sens.



Une catégorie qui ne satisfait pas l’ensemble du groupe


Lors de ses travaux, l’historien use du terme de “Juifs algériens anticolonialistes”. Bien que la majorité des témoins concernés comprennent cette distinction, celle-ci ne satisfait pas l’ensemble des acteurs. Certains d’entre eux sont assez réticents face à cette catégorisation puisqu’ils se considèrent avant tout comme des militants anticolonialistes ou communistes : pour eux, il n’y avait pas de sens à spécifier leur origine juive. Cependant, pour l’historien, cette distinction permet d’interroger la singularité de la position des juifs en Algérie coloniale, notamment sur le plan politique. En effet, le départ commun des juifs et des Européens d’Algérie à l’indépendance en 1962 a gommé le fait que les juifs avaient une autre histoire que les autres Français d’Algérie.



Un groupe ayant une histoire


Pendant la guerre, 140 000 Juifs sont présents en Algérie. Seulement quelques centaines d’entre eux se revendiquent Algériens et veulent un pays indépendant. L’histoire des juifs d’Algérie est complexe puisqu’ils se trouvent souvent entre les deux camps. Leurs ancêtres étaient présents en Algérie depuis des siècles voire des millénaires, à la différence des Européens arrivés avec la colonisation française. Malgré les discriminations que les juifs subissaient de la part des pouvoirs musulmans avant la colonisation, ils avaient des affinités culturelles et un passé commun avec les musulmans d’Algérie. Le fait que la citoyenneté française leur ait été accordée en 1870 les a éloignés des musulmans, mais tout comme les musulmans, les juifs ont subi du racisme de la part des Européens d’Algérie et des autorités françaises, notamment sous le régime de Vichy. Ceci explique en partie pourquoi Les nationalistes algériens les considèrent pour un temps comme un appui potentiel. Cependant, des violences des nationalistes algériens ciblent les juifs en tant que tels. Et la minorité de juifs qui ont milité pour l’indépendance et souhaitent opter pour la nationalité algérienne se heurtent à d’importantes tensions à l’indépendance. Ainsi, les musulmans deviennent automatiquement algériens, alors que les Juifs se doivent de faire une demande avec des justificatifs, au même titre que les Européens. Avec ce contexte déjà compliqué, c’est le coup d'État de 1965 qui entraîne une instabilité politique et une répression qui fait partir beaucoup de militants juifs comme européens d’Algérie



La mémoire d’un groupe minoritaire dans la guerre d’Algérie


Pendant une vingtaine, trentaine d'années, la mémoire des juifs d’Algérie est restée relativement silencieuse, se mêlant avec celle des pieds-noirs. Elle prend de l’ampleur dans les années 1990 avec les travaux historiques et des témoignages faisant la différence entre l’expérience des Européens et celle des juifs, même si l’expression publique de leur mémoire reste moins importante.

Ceci peut s’expliquer, par le fait que leur mémoire n’est, non pas dérangeante, cependant elle reste charnière dans ses appartenances, française et algérienne.

De plus, la complexité de leur histoire et de leur mémoire se corrèle avec celle de la guerre d’Algérie. Une histoire qui a du mal à s’écrire et des mémoires qui ont du mal à exister.

Par Auriane Le Moigne

Emma Le Nouvel

Arthur Ruaux