La mort ou l'appel du vide




La question de la violence est une antienne bien connue du petit et du grand écran. D'abord circonscrite au cinéma, elle diffuse aujourd'hui plus largement avec l'essor des séries télévisées et des plateformes de diffusion comme Netflix ou Amazon Prime Video. Nombre d'entre elles, comme American Gods, ne dérogent pas à ce nouveau standard cinématographique. Elles poussent même son traitement vers une esthétisation appuyée, drapant cette violence extrême d'une beauté graphique parfois troublante. Autopsie de cette quête - insensée ? - du beau à travers les boyaux.


Corps transpercés à mains nues, membres arrachés, geysers de sang couleur pourpre... la scène se déroule sous une pluie diluvienne. Les effets de ralenti offrent au ballet de massacre une assise idéale pour imprimer la rétine du spectateur. La séquence est belle, l'exercice de style brillant. Les autres scènes de violence d’American Gods sont à l'avenant. Les séries de ce type doivent résoudre une double équation économique et artistique : attirer un large public avec un spectacle chargé d'émotions fortes, sans pour autant le rebuter. Or, cette stimulation intense passe bien souvent par la violence et le sexe. Deux rapports aux corps chargés de symboliques et donnant à voir une certaine vision du monde, des êtres et des choses.


En esthétisant à outrance les mises à mort, ses œuvres les expurgent de leur charge dérangeante, annihilent le malaise, désamorcent le tragique. Le travail du cinéaste s'apparente ainsi à celui du thanatopracteur: maquiller la mort pour mieux l'oublier. L'exécution d'un protagoniste devient un objet de contemplation, comme un flacon de parfum exposé dans une vitrine Chanel. Point d'empathie pour le trépassé, mais des boursouflures formelles tendant à réifier l'homme sur l'autel du spectacle, là où le dilemme moral et éthique ne naît jamais.


Cantonner à dessein l'art du cinéma dans une fonction purement commerciale n'est pas une entreprise innocente. En façonnant un imaginaire collectif univoque, elle précipite l'avènement d'une esthétique matérialiste, sans nuance, dépourvue de spiritualité et renvoyant la métaphysique de la mort à la dérisoire opportunité d'une mise en scène du gore.



Nabil MOUNCHIT