Le sas





Quand on arrive en prison, tout est chamboulé, tout se mélange, on a peur de l’inconnu. On subit de plein fouet les idées reçues : que va-t-il nous arriver ? Vais-je être en sécurité ? Comment les autres vont-ils me juger du regard ? On doit faire face aux doutes, à l’inquiétude, à l’incompréhension et à l’appréhension. La plupart du temps, on arrive en prison après 48 heures de « garde à vue ». L’angoisse, la fatigue, l’énervement peuvent rendre les premières heures difficiles à vivre. Il faut s’habituer à ce nouvel environnement et se rendre à plusieurs rendez-vous sans être particulièrement réceptif.


Tout d’abord, il y a la visite obligatoire à « l’Unité de Consultation et de Soins Ambulatoires ». On y fait un check-up de santé (test VIH/Sida, hépatites, mise à jour des vaccins, ordonnance pour divers traitements médicaux). Puis il y a passage par le greffe pour prendre les empreintes digitales, carte biométrique et attribution d'un numéro « d’écrou »(l’identité du détenu). On reçoit un « paquetage de prisonnier » qui contient le nécessaire de toilette, une couverture, de quoi préparer ses repas et un manuel explicatif du fonctionnement de l’établissement. Après un entretien avec un gardien, le chef de bâtiment, on est affecté en cellule en fonction de notre situation. Les détenus dits « hyper exposés » sont bruyants, intimidants et répondent parfois aux conflits par la violence. D’autres passent sous les radars et sont calmes, sociables. Ils ne se font pas remarquer et évitent les problèmes. D’autres enfin restent cachés, quittent peu leurs cellules, vivent dans l’isolement.


De fait, il y a une hiérarchie en prison et les relations « dominants/dominés », « prédateurs/proies », « bourreaux/victimes », sont facilement observables et tacites entre tous : entre nous, en dehors du cadre de la loi appliquée par les gardiens, la loi du plus fort prime. Chacun adopte un comportement, joue un rôle et porte un masque pour se protéger afin de survivre au mieux dans cet univers hostile.



Rabio