Mondial 2022 : la coupe d'immonde







À la fin de l’année 2022, le 21 novembre, débutera la coupe du monde de football, événement sportif le plus suivi au monde, au Qatar. Un événement planétaire qui permet au petit Émirat du golfe d’être au centre du monde, et de faire parler de lui, dans une « guerre » de séduction de plus en plus intense que se livrent les pays pétroliers du Moyen-Orient. C’est en fin d’année 2010 qu’est attribuée la coupe du monde de football au Qatar. Un choix qui fait grand bruit déjà à l’époque, car on ne peut pas dire que le pays soit une vraie terre de football. Mais cette attribution, sous fond de corruption et autres magouilles en tout genre, est un véritable tour de force réalisé par le Qatar, l’un des premiers, et des plus puissants, d’une bataille d’influence dans le monde du sport qui ne fera que s’accroître avec le temps.

Le Qatar a acquis son indépendance en 1971. Mais très vite, le pays sera soumis à l’influence, et même à l'ingérence, de ses voisins, en particulier de la puissance saoudienne. En effet, l’Etat qatari a une position stratégique et un sous-sol riche en ressources fossiles, ce qui intéresse les Saoudiens. En 1995, Hamad ben Khalifa Al Thani arrive au pouvoir au Qatar. Il souhaite voir le Qatar prendre une vraie place dans les affaires étrangères. C'est dans ce contexte que le Qatar va mettre en place sa stratégie sportive pour se faire connaître aux yeux du Monde.

Mais le Qatar est loin d’être une nation sportive. Le pays investit alors dans ce secteur, les fonds récoltés notamment par les exportations de ressources hydrocarbures (le gaz principalement). Le Qatar donne tout d’abord à son tournoi de tennis de Doha une dimension internationale, puis d’autres sports suivent la même direction, comme le golf ou la voile. Sur le plan médiatique, la chaîne Al Jazeera est créée en 1996, pour rompre le monopole saoudien sur les médias arabes.

L’influence diplomatique du Qatar prend une ampleur bien plus importante le 2 décembre 2010 avec l’attribution de la coupe du monde de football 2022. Mais les accusations de corruptions sont nombreuses, et le président de la FIFA, Sepp Blatter, est même obligé de démissionner. Le scandale ne s’arrêtera pas là dans les années qui suivent, les conditions de travail sur les chantiers de construction des stades pour la coupe du monde étant énormément critiquées. On dénombre 6 500 ouvriers décédés sur les chantiers, un drame terrible pour un événement qui se veut festif. Ces critiques représentent un poids pour le Qatar, et salissent l’image qu’essaye de se donner l’émirat. Le pays se défend d’ailleurs, en énonçant des chiffres mal compris, et en soulignant les progrès du pays sur sa législation du droit du travail. Autre critique, le coût écologique de cette coupe du monde dans des stades climatisés sortis de terre uniquement pour accueillir la compétition. Mais là encore, le but pour le Qatar est de montrer au monde son savoir-faire.

Cependant, malgré des rumeurs de délocalisation de la coupe du monde 2022 dans d’autres pays, le Qatar garde sa coupe du monde, et cette situation irrite son voisin saoudien. En 2017, l’Arabie Saoudite et ses alliés (notamment l’Egypte et les Émirat Arabes Unis), rompent les relations diplomatiques avec le Qatar et imposent un blocus. Ce blocus entraînera quelques répercussions notamment sur le prix des hydrocarbures exportés par le Qatar, mais le pays ne sera pas impacté outre-mesure, notamment grâce à sa place dans la politique internationale, due en grande partie au sport.

Le Qatar va surfer sur la dynamique créée par l’attribution de la coupe du monde 2022, pour se créer un véritable empire sportif et médiatique. En 2011, est créé Bein Sports, présent dans 40 pays, et plus grand groupe de chaîne de télévision sportives. La même année, Qatar Sport Investment rachète le Paris-Saint-Germain. Le but est d’associer le Qatar à l'image d'un club historique et de gagner des titres sur la scène nationale et européenne, mais aussi de rapprocher le Qatar de Paris, ville la plus touristique au monde, afin de gagner en visibilité. Le PSG est désormais l’un des plus grands clubs européens, avec 75 millions de fans dans le monde, et donc un retentissement médiatique très important. Cette stratégie est agrémentée par l’achat de stars internationales, comme Messi, Neymar, ou Mbappé, qui participent au développement du Soft Power du Qatar.

Ce poids dans le monde sportif à l’international, aide aussi le Qatar à s’imposer sur le plan diplomatique, comme lors de la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, où le Qatar a joué un rôle de médiateur entre les talibans et les Etats-Unis.


Face à cette avance qu’a pris le Qatar, l’Arabie Saoudite cherche à contre-attaquer, et est bien consciente de l’atout que peut représenter le sport sur la scène internationale. C’est dans cette optique que les Saoudiens ont racheté le club de Newcastle en octobre 2021. L’Arabie Saoudite espère remettre en place l’influence passée qu’ils avaient sur leur voisin qatari. Mohammed ben Salmane, fils du Roi d’Arabie Saoudite, en a fait son objectif principal. Il est l’instigateur du blocus envers le Qatar, qu’il accuse de financer des organisations terroristes. Mais ce blocus va détériorer l’image de l’Arabie Saoudite, qui ne fera qu’empirer avec la guerre au Yémen, et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, opposant au régime, au consulat saoudien de Turquie en 2018. C’est donc pour redorer l’image du pays, que Mohammed ben Salmane lance le plan « Vision 2030 ». Des investissements sont donc réalisés dans le secteur sportif, mais aussi dans le domaine du tourisme, des nouvelles technologies, du développement durable, et des services à la population. Un des meilleurs exemples de ce projet est la ville The Line, d’une longueur de 460 km, entièrement reliée par des transports en communs autonomes, qui devrait accueillir 1 million d’habitants en 2030.

L’Arabie Saoudite espère avec grâce au sport, imiter son voisin qatari en attirant des investisseurs étrangers, mais aussi et surtout, le dépasser, pour monter sa supériorité sur le plan international. Les deux pays espèrent aussi se servir de l’industrie du sport pour diversifier leurs sources de revenu. En effet, leur économie repose sur des énergies fossiles.

Le sport est donc un enjeu très important dans la lutte diplomatique que se livrent les deux pays, et il sera intéressant de suivre l’évolution des stratégies lors des prochaines années. Le Qatar, qui prévoyait de réduire les dépenses dans ce domaine, pourrait changer ses plans avec l’accélération actuelle de l’Arabie Saoudite.




Par Lucas HOSTE