Un message du futur




Texte proposé dans le cadre du concours de nouvelles du festival littéraire l'Ouest Hurlant

“Ce matin, des tas d'ordures jonchaient le pas de ma porte. Je n’étais pas le seul concerné. Tout le monde l'était. Un autre monde avait décidé que notre Terre lui servirait de poubelle…”


Salut ! Moi, c’est Lucas. J’ai 13 ans et depuis ma naissance, j’habite à Blainville avec ma mère, Monica, 37 ans. J’habite dans le même quartier que mes meilleurs amis ! Il y a Leïla, 12 ans, la personne la plus intelligente que je connaisse. Avec elle, tout doit être fait à la perfection. Gurvann, qui a 13 ans, est le plus gourmand du groupe, mais aussi le moins sportif. Et il y a moi, le plus réservé, mais surtout le plus calé quand il s’agit d’horreur. Avec mes amis, nous sommes très soudés, et ça ne fait pas vraiment plaisir à Matthieu, une personne très pénible qui habite dans le même quartier que nous.


Après être allé chercher le courrier et avoir vu tous les déchets sur le pas de la porte, j’allai voir ma mère qui dormait encore pour lui expliquer cet événement imprévisible. Elle se leva, encore toute somnolente, et alla voir sur le paillasson extérieur. Elle poussa un cri strident qui fit fuir de nombreux corbeaux du quartier. Certains voisins sortirent de leurs maisons en robe de chambre pour s’informer sur le son assourdissant qui venait de chez nous et la plupart d’entre eux découvrirent à ce moment-là l’épopée matinale. Ma mère partit ensuite se recoucher, mais en passant devant moi, elle n’oublia pas de me demander de ranger la vaisselle. Je demandai si, en échange, je pouvais rejoindre mes amis au parc après avoir déjeuné. Elle répondit par un gémissement, que je considérai comme un oui. Je me dépêchai d’avaler ma brioche recouverte de pâte à tartiner, le tout accompagné de mon verre de jus d’orange pressé. J’effectuai la tâche demandée, je pris mon vélo, et je partis en direction du parc. Arrivé là-bas, je remarquai que Gurvann n'était pas encore arrivé. Leïla m’attendait, assise sur la balançoire. Je m’assis à côté d’elle, quand j’aperçus notre ami qui arrivait en se dandinant, un sachet de croissants dans les mains.


Avec Leïla, nous nous regardâmes et éclatâmes de rire. Avec mes acolytes, nous parlâmes de l’histoire des poubelles et nous nous racontâmes la façon dont nous avions découvert la catastrophe. Nous cherchâmes une explication raisonnable, quand tout à coup, Matthieu apparut devant nous, un sourire aux lèvres. Il se planta à côté de nous et nous demanda si les recherches se passaient bien. C’est là que nous comprîmes qu’il écoutait notre discussion depuis le début. Nous répondîmes que ça ne le regardait pas, mais il insista en nous disant qu’il avait peut-être une idée pour nous aider. Il pensait que toutes les réponses à nos questions se trouvaient dans les archives interdites de la ville, à la mairie. Gurvann et Leïla ne semblaient pas inquiets alors je fis abstraction à la boule qui nouait mon estomac. Après tout, c'était le petit-fils du maire, alors il en savait sûrement plus que nous sur le contenu de ces vieux documents. Je les suivis donc à contrecœur, vers l’hôtel de ville. Arrivé sur place, mon instinct me fit part de sa désapprobation. Le fait de fouiller dans quelque chose d’interdit me faisait me sentir mal. Et si on nous surprenait ? C’est ce que j'avais essayé d’expliquer à mes amis, en vain. Pourquoi fallait-il que tout soit aussi compliqué dans ma tête ?! Même Leïla, qui résonnait toujours mieux que les autres, n'avait pas de craintes.


En entrant dans la pièce et en voyant tous ces manuscrits, ma méfiance envers Matthieu s’envola. Et s’il avait changé, qu’il voulait vraiment nous aider ? Gurvann se dirigea vers les étagères de gauche, Leïla vers celle de droite. Je décidai d’aller explorer celle du milieu. Parmi tous ces ouvrages, nous devions nous procurer tous ceux qui invoquaient des grèves d'éboueurs afin de connaître leurs raisons. Nous commencions à approfondir nos recherches quand derrière nous, la porte claqua. Matthieu était parti. Gurvann demanda à Matthieu de revenir mais il ne lui répondit pas. Nous l’avions entendu remonter en courant les marches qui menaient dans le hall d’entrée. Quelques minutes après le départ de Matthieu, je trouvais les documents qu’on recherchait, au moment même où des pas se firent entendre de nouveau dans les escaliers. Des coups puissants retentirent sur la porte, juste avant que celle-ci ne s’ouvrit à la volée, laissant dans l’encadrement de la porte Monsieur le Maire. Derrière lui se trouvait Matthieu, essoufflé, les joues brûlantes. Mr le Maire était lui aussi rouge, non pas rouge d'essoufflement, mais rouge de colère ! Il s’approcha de nous en nous criant dessus. Il m’arracha les documents que j’avais dans les mains et nous poussa vers la sortie en nous lançant tout un tas de jurons. Quand nous fûmes devant le bureau de la réceptionniste, Mr le Maire appela nos parents et leur expliqua que nous avions enfreint la loi.


Environ un quart d’heures plus tard, nos parents nous récupéraient sur la place de la ville. Je ne sais pas pour mes amis, mais mes parents me firent la morale durant tout le trajet, pour au final me dire que j’étais puni de sortie pendant un mois. Leur annonce me fit l’effet d’un coup-de-poing dans le ventre. “C’est vraiment trop injuste !” m’étais-je exclamé. “Les vacances viennent tout juste de commencer !” “Tu n’avais qu'à te tenir à carreau, on ne t’a pas élevé comme ça, que je sache ?!” m'avait crié mon père. Et il avait raison. C’était complètement insouciant de ma part de me rendre là-bas, et encore plus de faire confiance à cet imbécile de Matthieu ! Les parents de mes amis leur avaient réservé le même sort. Punis de sortie pendant un mois signifiait pas d’enquête pendant un mois. À peine quelques heures s’étaient écoulées que j’avais déjà l’intention de désobéir. C’était très irrespectueux de ma part, mais je n’avais pas le choix ! J’appelais mes amis par talkie-walkie pour leur annoncer ma décision. Ils étaient d’accord avec moi, une réunion secrète dans la forêt s’imposait !


Une fois que toute ma famille eut fini de dîner, j’allai dans ma chambre en disant que j’allais la ranger et que je ne voulais donc pas être dérangée. Arrivé à l’étage, je nouai tous les chiffons et les draps qui se trouvaient dans ma chambre, afin de réaliser une corde pour pouvoir descendre par ma fenêtre. Mes amis et moi, nous étions donnés rendez-vous un petit peu avant la forêt. Ils étaient déjà sur place quand j’arrivais. Gurvann avait pris l’initiative de prendre un sac à dos avec une trousse, un carnet et une nappe. En marchant vers la forêt, nous débattions à propos de notre désobéissance. Leïla trouvait que c’était très risqué, Gurvann disait que ça en valait la peine et moi, je pensais surtout que je n'aurais pas dû les écouter concernant l’aide de Matthieu. En arrivant dans la forêt, nous nous installâmes sur la nappe et mon ami commença à sortir ses affaires. Il prit un crayon à papier dans sa trousse et commença à dessiner le quartier rempli d’ordures. À ce moment-là, Matthieu, qui surgissait de nulle part, fonça droit sur nous, bousculant Gurvann sur son passage, qui en perdit son crayon. “Tu ne peux pas faire attention ?!” lui cria Leïla. “Oh, excuse !” lui répondit Matthieu. Et il détala sans un regard en arrière. Pendant ce temps, nous n’avions pas remarqué que le crayon à papier atterrissait sur sa mine. Soudain, il se mît à tourner, vite, très vite, tellement vite qu’il commença à creuser un trou dans la terre. Au bout d’un moment, nous ne l’entendions plus et nous nous regardâmes, ébahis. Le crayon gris de Gurvann venait de creuser un tunnel. Avec mes copains, nous décidâmes de sauter dans le trou.


Nous atterrîmes sur un toboggan et nous nous retrouvâmes sur des sièges plutôt moelleux qui ressemblaient à ceux d’une voiture. En nous habituant à l’obscurité, nous remarquâmes que nous étions effectivement assis dans une sorte de voiture. Il y avait un tableau de bord, des rétros, mais les roues n’étaient pas circulaires, elles étaient plates. Il n’y avait pas de toit, pas de pare-brise ni de volant. Nous avions l’impression d’être dans une machine futuriste. Soudain, le véhicule démarra, et il nous sembla qu’il décolla du sol. “C’est un miracle ! S’écria Leïla. “ Il n’y a pas d’hélices, pas de rames, et encore moins de roues ! Il doit forcément y avoir des propulseurs insérés quelque part. J’étudierai cet engin plus tard, obligé !” La voiture se rapprocha de plus en plus du haut du tunnel, jusqu’à ce que nos têtes frôlent la paroi. À ce moment-là, elle accéléra et nous fûmes décoiffés à cause de la vitesse. Au bout de quelques minutes à bord de cet appareil volant, nous fûmes subjugués par une sorte d’arche en pierre qui semblait dater du Moyen- Age. Lorsque la voiture se mit à nous parler, un “tabarnak” sortit de ma bouche et de celle de mes amis. Le véhicule nous expliqua que l'arche qui se trouvait devant nous était en réalité un portail magique. Pendant deux bonnes minutes, nous rîmes à gorge déployée. Gurvann badina, “Un portail magique, et puis quoi encore !” Et Leïla, tout en s’esclaffant, blagua, “Pourquoi pas un monde parallèle tant qu’on n’y est ?!” Nous riions aux larmes et Gurvann, maladroit comme toujours, bascula en arrière et tomba de l'automobile. En trébuchant, il actionna une manivelle qui déclencha l’ouverture du fameux portail. Nous avions l’impression d’être dans une salle de cinéma, devant un film de science-fiction. Nous fûmes tellement éblouis par la beauté de l’ouverture que Gurvann en oublia presque de remonter dans la voiture. Celle-ci continua son chemin et passa à travers le portail surnaturel. Nous arrivâmes par le ciel et ce qu’on vît nous laissa sans voix. De l’autre côté du portail, se trouvait une ville, détruite et repoussante. La voiture se posa et nous descendîmes. Aussitôt, celle-ci disparut.


Nous avançâmes de quelques pas avant de comprendre que cette ville était la nôtre. Qu’était-il arrivé le temps où nous étions sous terre ? Combien de temps s'était écoulé ? Plein de questions sans réponse trottaient dans ma tête. Nous explorâmes les environs et nous constatâmes avec effroi qu’il n’y avait aucun signe de vie. Nous arrivâmes à l’endroit où tout avait commencé, et nous remarquâmes que toute la forêt était ravagée. Les arbres étaient brûlés, voire déracinés. Sauf que dans le paysage, il y avait quelque chose d’encore plus choquant : à nos pieds, se trouvaient cinq bouches d’égouts ancrées dans la terre, comme si elles avaient toujours été là. Sauf que ce n’était pas le cas. L’une d’elles nous éblouissait tellement en raison de la lumière bleu qui en sortait que nous dûmes nous couvrir les yeux. Leïla s’approcha, impressionnée, et au moment où elle se mit dessus pour l’observer, elle disparut. “Mais… mais où est-elle pas…passée ?!” Bégaya Gurvann. “Il faut qu’on aille la chercher !” M’écriai-je. Et je sautai sur la bouche d’égout. Après un moment qui dura une éternité, j'atterris sur un gros tapis moelleux, vous savez, comme ceux qu’il y a dans la salle de gym au collège !


Après avoir repris mes esprits, j’eus un réflexe, m’enlever. Et j’avais raison car quelques instants plus tard, j’entendis un cri et Gurvann atterrissait dans un bruit sourd sur le tapis. Pendant ce temps-là, je regardais Leïla faire le tour de la pièce en poussant des exclamations de surprise. Elle s'interrompit lorsqu’une voix féminine résonna derrière la porte. Celle-ci s’ouvrit délicatement et une jeune femme fit son apparition dans la pièce. Elle s’approcha de nous et serra mon amie dans ses bras, en lui disant : “Je suis tellement heureuse de te revoir en vrai, et non sur une photo !” Leïla s’écarta gentiment et lui répondit: “Attendez…qui êtes-vous et comment me connaissez-vous ?!” “C’est un petit peu long à expliquer, donc ne me coupez pas. Tout d’abord, je m’appelle Flora et je suis ta petite-fille. Je sais, ça peut te paraître un petit peu bizarre et je comprends très bien. Nous sommes actuellement dans le futur, en 2082. Je vous observais mener votre vie dans le présent, c’est un petit peu comme mon pouvoir, en quelque sorte. Ici, nous sommes sur Bladiblourka, la planète du futur. On l’appelle ainsi, car, comme vous avez pu le constater, le Terre n’est pas en très bon état. Et tout cela à cause de vous ! Enfin, pas de vous particulièrement, mais de vous tous, habitants de la planète Terre.


Les déchets étaient si nombreux qu’ils commençaient à émettre des gaz toxiques que nous n’avons pas encore identifiés. Les gaz ont commencé à ravager la planète, répandant des virus et toute sortes de maladies. La seule solution était de s’enfuir. Avec notre technologie très évoluée, nous avons étudié les milliards de planètes de la voie lactée et nous avons découvert celle-ci, une planète qui possédait une surface solide ainsi qu'une présence d'eau liquide et une atmosphère suffisante. Nous avons utilisé un portail, le même que celui que vous avez emprunté et désormais, nous vivons ici.” Même après l’explication de Flora, quelques questions dans ma tête restaient encore sans réponse. “Si vous pouvez réellement voir dans notre présent, pourriez-vous nous expliquer comment tous les déchets se sont retrouvés sur le pas de nos portes ?”Avait demandé Gurvann. “C’est très simple ! Tous les déchets n’étaient que le pur fruit de votre imagination. Nous avons projeté ces images afin de vous faire comprendre que si vous ne cessiez pas maintenant cette pollution, la planète Terre allait en quelque sorte s’autodétruire !”lui a-t-elle répondu. “Maintenant que vous connaissez les risques, vous allez pouvoir rentrer chez vous. Il me semble que vous êtes punis de sortie, non ?! Mais ne vous inquiétez pas, quand une heure s’écoule ici, seulement 5 minutes s’écoulent dans le présent.” “Oh non, notre punition !!!” Nous exclamions-nous à l’unisson. Pour repartir sur notre planète, il n’y avait pas de bouches d’égouts ni de voiture volante, simplement une porte. Nous passâmes à travers cette dernière, et nous nous retrouvâmes ensevelis sous des vêtements. Cette porte, c’était le fond de mon armoire ! En marchant vers la porte d’entrée, nous tombâmes nez à nez avec…ma mère.


Nous lui expliquâmes dans les moindre détails tout ce qui s’était passé. Je m’excusai au passage d’avoir désobéi, mais ma mère me dit que cela n’avait pas d’importance. Elle raccompagna mes amis chez eux afin de raconter à leurs parents toute notre aventure. Nous suivîmes les conseils de Flora et nous décidâmes de fonder un club-écologie dans notre collège afin de ramasser tous les déchets de la ville. Nous étions toujours méfiants envers Matthieu, et nous rendions visite à la famille de Leïla. Nous avions comme objectif, Gurvann et moi, de trouver notre famille du futur. Lors d’un de nos voyages dans le futur, nous avions pu constater que, grâce à nos efforts, la Terre était de nouveau habitable. “Bref, tout ça pour dire qu’il faut prendre soin de notre belle planète bleue !”




Par Nina Balan



Elève de 4eD, Collège Simone Veil, Lamballe